Les entreprises sont confrontées à la réalité de ce qui a été annoncé il y a maintenant longtemps, la "postmodernité".
Mais ce n’est pas une postmodernité heureuse dans laquelle la déconstruction des concepts, des structures et des idéologies devait permettre d’ouvrir de nouveaux horizons à des individus aspirant à s’accomplir dans un horizon de paix et de croissance. C’est une « postmodernité anxieuse » qui semble aujourd’hui prendre le dessus.
Dans un monde en apparence ouvert, et face au triple défi du vieillissement de la population, de la montée des conflits et du dérèglement climatique, le monde occidental se cherche une voie entre idéologies fossilisées (le communisme), incapables de se renouveler (la social-démocratie), ou dévoyées - le libéralisme, singé à travers un pseudo capitalisme-libertarien qui se donne l’absence de règles, le darwinisme économique et la liberté individuelle comme horizon ultime.
Le contrat social (éducation, emploi, sécurité sociale) n’est plus qu’un lointain souvenir pour beaucoup d’européens, entre diplômes démonétisés, chômage, emplois précaires et crise du système de santé.
Les entreprises elles-mêmes font face à des incertitudes croissantes (avenir du commerce mondial, irruption de l’IA…) et des injonctions de plus en plus pressantes, voire contradictoires : innovations qui se doivent d’être ‘disruptives’, ‘agilité’ pour répondre à l’accélération et à la multiplication des crises, mais aussi ‘compliance’ et ‘sustainability’ pour répondre… aux mêmes enjeux.
Dans ce environnement, la question de l’engagement des salariés revient régulièrement dans les débats pour pointer un désengagement croissant en particulier chez les jeunes générations.
Outre le fait que rien dans les données disponibles ne le démontre, les analyses que l’on peut conduire dans divers environnements professionnels soulignent que loin d’avoir rompu avec l’idéal du travail, mais confrontés à cette ‘postmodernité anxieuse’, les salariés cherchent à concilier préservation et accomplissement.
En grande majorité, ils s’investissent dans leur travail, parce qu’il est difficile d’adopter une posture 100% nihiliste ou détachée ; mais surtout parce que ‘l’aventure’ individuelle et collective conserve un vrai pouvoir d’attractivité…et enfin parce que la (grande ?) entreprise offre des assurances, certes dégradées par rapport aux décennies précédentes, mais paradoxalement renforcées, car de plus en plus uniques dans le marasme et les incertitudes actuelles.
Dés lors, l’enjeu pour l’entreprise se situe dans sa capacité à donner envie. Non pas via des solutions plus ou moins gadgets, mais en reconsidérant stratégie, culture, politiques RH, modes de fonctionnement et pratiques managériale, avec deux exigences clés : être focus et connectés.
Etre ‘focus’ sur l’alignement des équipes et l’exécution et des projets ; ‘focus’ sur l’efficacité des organisations en place et leurs modes de fonctionnement. Objectif : gagner en consistance, cohérence et sens.
Etre ‘connecté’ à ses parties prenantes, clients, partenaires, sous traitants, actionnaires et communautés d’influences…, et à ses salariés (et leurs managers). Objectif : comprendre les comportements, décrypter et anticiper les attentes dans un environnement où l’entreprise est plus que jamais ouverte aux enjeux sociétaux et soumise à l’individuation de ses salariés.